Alejandrina et Anita sont deux
sœurs très assidues à Intiwawa. Elles habitent sur notre chemin pour aller
prendre le bus, on les raccompagne donc chez elles après le projet. Cependant,
elles étaient absentes lors des vacaciones
utiles. Etonnés, on est donc allé toquer à leur porte pour savoir si tout
allait bien. Nous avions raison de nous inquiéter… Si les filles n’assistaient
pas à Intiwawa, c’était parce qu’elles allaient travailler à la fabrique de briques
pour remplacer leur Maman qui devait rester à la maison pour s’occuper de la
petite dernière, souffrante. La jeune maman de 25 ans -aillant fait une fausse couche
deux semaines auparavant- était à la maison avec la plus jeune. La maison
n’étant composée que d’une pièce unique, la petite jouait donc dans la cuisine.
La maman était en train de faire bouillir de l’eau quand elle a du sortir
précipitamment, renversant le contenu de la bouilloire sur le visage de la
fillette de 2 ans… Si nous n’étions pas venus voir ce qui se passait chez
Alejandrina et Anita, la petite n’aurait reçu pour soins que l’application d’une
couche de sable et de sel, censée désinfecter la brûlure selon la médecine
traditionnelle… Nina a pris la situation en main et a emmené la petite à
l’hôpital où ils l’ont soigné correctement. Fort heureusement, la blessure
semble être en bonne voie de guérison, et la peau se reconstruit petit à petit
sans trop laisser de cicatrice.
Quelques jours plus tard, le petit
Denninson est tombé sur le front dans la Casa Intiwawa, s’ouvrant l’arcade
sourcilière. On l’a donc emmené au petit centre de santé du village afin de recoudre
la plaie. Plus tard dans la matinée, la maman est venue nous voir pour savoir
ce qu’il s’était passé. Je lui expliquais les faits quand tout à coup elle se
mit à pleurer. Je lui dis de ne pas s’inquiéter, que ce n’est pas une blessure
importante, que ça arrive à plein d’enfants (même à ma grande sœur, et qu’au
final ça ne l’a pas tant amoché !) et qu’il est bien soigné maintenant.
Mais j’ai ensuite compris qu’elle ne pleurait pas parce qu’elle s’inquiétait
pour son fils, mais parce qu’elle avait peur que son mari ne la batte pour avoir
laissé cet incident arriver. Oui, la maman serait responsable de ce
malencontreux événement alors qu’elle n’était même pas présente lorsque s’est
arrivé ! J’ai du écrire une lettre au papa pour lui garantir que la maman
n’avait rien à voir là dedans…
Ou bien quand José me demande 3
fois à manger parce que sa maman lui a dit qu’ils n’avaient plus rien chez eux…
ou encore quand Andrea ne vient pas au projet car elle doit s’occuper de son papa
qui a bu trop de bières la veille au soir… Ces situations sont mon quotidien.
Mais mon quotidien, c’est aussi
des jours comme aujourd’hui. Des matins où tu arrives à l’association, et la
maman d’Adriano vient te voir en te disant : « Je ne comprends pas,
on a trouvé ce pot de yaourt sur la route en venant ici et Adriano voulait
absolument vous l’apporter ! ». Et Adriano, 4 ans, d’ajouter : « Oui,
sinon ça pollue la planète et après il ne pleuvra plus jamais ! ». Alleluia.
On dirait que ça rentre par une oreille et ça sort par un trou de nez, mais
non. Ça reste, quelque part. Ça grandit. Et puis ça agit. Ce petit garçon
m’a juste rendue felizzzzzz pour le reste de la journée. Aujourd'hui c'était lui, demain ce sera un autre. Leurs réflexions, leurs sourires, leurs progrès et leurs bêtises sont autant de petites bulles de bonheur que j'entrepose bien précautionneusement au fond de moi-même, à faire éclater en cas de besoin!
Alors oui, quelques fois il faut
se blinder pour ne pas se laisser aller à se morfondre devant la dureté et l’injustice
de la vie. Mais ces moroses constatations sont vite balayées par ces bambins et
le sentiment si épanouissant qu’ils me procurent : me sentir utile et à ma
place, enfin.
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